Origine et histoire des remparts
Les remparts d'Avignon, situés dans le Vaucluse en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, constituent l’une des rares enceintes médiévales françaises conservées dans leur intégralité. Leur construction actuelle, initiée en 1349 sous Clément VI et poursuivie par Innocent VI à partir de 1355, répondait à la nécessité de protéger la cité papale des Grandes Compagnies et des routiers pendant la guerre de Cent Ans. Financés par des taxes locales et des subsides européens, ces 4 330 mètres de murailles, flanqués de 36 tours et 56 échauguettes, intégraient aussi un système de défense contre les inondations du Rhône, avec des batardeaux et des fossés alimentés par la Sorgue.
L’histoire des fortifications avignonnaises remonte à l’Antiquité, avec une première enceinte romaine au Ier siècle, suivie d’un rempart médiéval au XIIe siècle, détruit en 1226 par Louis VIII après la guerre des Albigeois. Reconstruit entre 1234 et 1248, ce rempart fut remplacé au XIVe siècle par l’enceinte actuelle, conçue par Juan Fernandez de Heredia et Pierre Obreri. Les marques de tailleurs de pierre, relevées en 1880, témoignent de l’organisation corporative des artisans. Au XIXe siècle, Viollet-le-Duc supervisa des restaurations majeures (1860–1869), renforçant les murs contre les crues, tandis que des projets de démolition (1833, 1896) furent évités grâce à des classements successifs comme Monument Historique (à partir de 1906).
Les remparts jouèrent un rôle économique et social crucial, servant à la fois de digue contre les inondations – comme en 1856, où leur effondrement partiel provoqua une crue dévastatrice – et de symbole de la puissance papale. Leurs 16 portes, dont certaines furent modernisées (ex. : porte de la République en 1863), reflètent l’évolution urbaine. Classés au patrimoine mondial de l’UNESCO avec le Palais des Papes et le pont Saint-Bénézet, ils incarnent aujourd’hui un héritage architectural exceptionnel, célébré par Stendhal et Viollet-le-Duc pour leur beauté et leur ingénierie.
Au-delà de leur fonction défensive, les remparts devinrent un élément central de la vie avignonnaise, abritant des activités artisanales (tailleurs de pierre, teinturiers) et commerciales. Leur préservation au XXe siècle, malgré les pressions urbanistiques, illustre leur importance patrimoniale. Les poternes et vannes, comme celle de la rue des Teinturiers, rappellent leur adaptation aux besoins quotidiens, tandis que les marques lapidaires offrent un témoignage unique des méthodes de construction médiévales.
Les menaces de destruction au XIXe siècle, portées par des figures comme Eugène Poncet ou Paulin Talabot, furent contrées par des intellectuels tels Prosper Mérimée et Esprit Requien, défendant leur valeur historique. Les travaux de Viollet-le-Duc, combinant restauration et innovation (contremurs, canonnières), permirent aux remparts de résister à des crues majeures, comme celle de 2003. Aujourd’hui, ils restent un symbole de la résilience avignonnaise, mêlant héritage médiéval et adaptations modernes.